Lycée Français
de Singapour

Sortie à l'ESSEC

samedi, 27 mai 2017
Sortie à l'ESSEC
Nous nous sommes rendus le samedi 27 mai sur le campus de l’ESSEC, grande école de management française implantée à Singapour.

Les 43 élèves inscrits à deux modules de la préparation au supérieur (Décryptage de l’actualité, Questions contemporaines) ont d’abord pu visiter le superbe site inauguré l’an dernier, en compagnie du directeur du campus, M. Bertrand Sulpice et de la directrice-adjointe, Mme Kentia Boulay, puis ont assisté à une présentation assurée par trois professeurs de l’ESSEC.

Pr. Kevyn Yong, professeur de management, a d’abord présenté en anglais quelques caractéristiques de l’ESSEC, et montré l’étendue internationale de son implantation.  Puis il a focalisé sa présentation sur les caractéristiques du quartier de One North, où le campus Singapour de l’ESSEC a élu domicile, en insistant sur la notion de cluster. Ce quartier a vu en effet s’installer un grand nombre d’entreprises regroupées par spécialités : le cluster biomédical y côtoie ainsi les clusters de la technologie, des médias, et de l’information-communication entre autres, permettant ainsi, comme le dit Kevyn Yong de passer de la Silicon Valley à la route 66 en 5 minutes de marche !

Pr. Cedomir Nestorovic, professeur de géopolitique, a ensuite fait une présentation passionnante sur l’intérêt d’enseigner la géopolitique dans une école de management, en insistant sur la nécessité pour les entreprises d’être au fait de l’actualité et des tensions géopolitiques des pays dans lesquels elles pratiquent leurs activités. Il a, pour le démontrer, utilisé un exemple parlant pour nos élèves : le jeu Pokémon go qui s’est retrouvé au cœur du conflit entre les deux Corée car il n’était possible en août 2016 d’y jouer que dans la ville de Sokcho, ville frontalière près de la zone démilitarisée… Il a aussi évoqué la prise de position d’une chanteuse chinoise (Victoria Song) membre d’un groupe de K-pop (fx) en faveur de l’intégration à la Chine de multiples territoires revendiqués comme Taïwan ou les îles Senkaku, via une carte de son pays publiée sur Instagram. Les mésaventures de Lancôme à Hong-Kong ont également été données pour exemple par Pr. Nestorovic : la marque avait organisé à Hong Kong un concert promotionnel de la chanteuse Denise Ho, connue pour ses prises de positions pro-démocratiques, et suscité par-là un appel au boycott de la marque en Chine. L’entreprise a donc déprogrammé la chanteuse, provoquant un appel au boycott sur change.org de la part de ceux qui estiment que Lancôme n’avait pas à s’aplatir ainsi devant Pékin…

Il a ensuite présenté les différentes voies de la géopolitique, et en particulier « l’étude contextuelle » qu’il privilégie, à savoir l’étude qui permet de donner des clefs de compréhension de la situation présente aux étudiants. Pr. Nestorovic a poursuivi sa présentation en développant quelques thématiques relatives à l’Asie.

Pr. Xavier Pavie, professeur d’innovation, nous a ensuite présenté de façon tout aussi passionnante ce qu’est l’innovation (changement à l’intérieur suivant l’étymologie latine), en insistant sur la distinction essentielle à faire entre l’invention et l’innovation. Il a notamment rappelé que l’entreprise française qui a inventé le MP3, Archos, n’en a pas fait une innovation en la diffusant, ce à quoi la firme Apple, alors au bord du dépôt de bilan, est parvenue, réussissant par-là à assurer le succès que l’on connaît. Il est également revenu sur la théorie de Schumpeter suivant laquelle les grappes d’innovation successives génèrent une destruction créatrice, concept qu’il a relié à la volonté de puissance du surhomme de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra. Il a également souligné que l’innovation reposait sur le refus d’une situation que l’innovateur souhaitait changer. Xavier Niel et Salman Khan cherchent ainsi à changer la façon d’enseigner et d’apprendre via respectivement l’Ecole 42 et la Khan Academy qui rencontrent un succès croissant. Par le biais d’un faux exemple de site de partage de services nommé Pooper, qui permettrait à des propriétaires de chiens de payer des volontaires pour qu’ils ramassent les crottes de leur chien via une application, Pr. Pavie a conclu qu’on ne devait pas toujours répondre à une demande, posant ainsi le problème de la responsabilité de l’innovateur. Les problèmes de bioéthique ont ensuite été développés à travers plusieurs exemples : celui de Rob Spence qui a choisi de placer une caméra à la place de son globe oculaire, celui de Kevin Warwick, l’homme cyborg qui peut tout organiser par sa simple pensée, ou celui de Neil Harbisson qui, daltonien, peut entendre les couleurs grâce à une antenne wifi greffée dans le cerveau. Réfléchir à l’impact sociétal de l’innovation est essentiel, or l’entreprise de séquençage d’ADN 23andme implantée en Californie semble peu soucieuse à cet égard.

Les élèves, très attentifs, ont été ravis de ces communications, et ont ensuite pu échanger avec les intervenants autour d’un buffet de jus de fruits et de biscuits offerts par l’ESSEC.